Le phare, le capitaine et le manager

À l’instar des Fables de la Fontaine, certaines histoires parviennent à faire passer des messages bien plus efficacement que de longues théories… Lors de mes formations et de mes coachings personnels, il y en a une que j’aime particulièrement raconter, c’est celle du phare et du capitaine. Certains jours le phare se transforme en épave, mais la morale reste la même, et elle permet souvent de dépasser bien des problèmes…

Voici donc l’histoire du phare et du capitaine. Par un petit matin brumeux, un bateau de pêche rentre au port, les filets chargés de poissons. Harassé par une nuit passée sur le pont sous une pluie diluvienne, le capitaine a hâte de retrouver la terre ferme pour décharger sa cargaison. Mais alors qu’il s’approche de la délivrance, il se voit barrer la route par un autre bateau qu’il ne reconnaît pas. Consterné, il saisit le combiné de sa radio maritime et lui demande de se déplacer rapidement pour éviter une inéluctable collision :
– Nous approchons à vive allure, veuillez tourner vers l’Est au plus vite.
– Non, c’est à vous de me contourner par tribord
– JE REPÈTE : NOUS APPROCHONS A VIVE ALLURE, RECULEZ, VITE !
– Impossible, c’est à vous de changer votre trajectoire.

Fou d’exaspération et de fatigue, le capitaine se lance alors dans une bordée d’injures digne du capitaine Haddock pour exiger que ce satané bateau daigne lui laisser la place.
– BACHIBOUZOUK DE TONNERRE DE BREST, RECULEZ MAINTENANT !
– Mais je ne peux pas bouger, je suis le gardien du phare !

A ce moment-là, les personnes que je coache sourient souvent à la fin de mon histoire, sans se sentir le moins du monde concernés par les problèmes de vue ou les erreurs d’appréciation de mon pauvre capitaine. Mais quand je leur demande s’ils ont déjà été exaspérés par l’immobilisme de leurs collaborateurs, de leurs prestataires ou de leurs clients
face à un problème donné, ils comprennent vite que le capitaine… c’est eux.

Quand une situation ne s’améliore pas rapidement, c’est souvent que notre analyse de départ n’est pas la bonne.

Autrement dit, quand la situation n’évolue pas malgré nos demandes répétées de changement, il faut se demander si l’obstacle peut être déplacé ou si malgré tous nos efforts il est condamné à rester accroché à son rocher. Au lieu d’en vouloir aux autres, il faut alors accepter qu’ils ne sont pas en capacité de bouger, et que c’est à soi-même de contourner l’obstacle au lieu d’exiger qu’il disparaisse.

A chaque fois qu’une situation délicate ne se règle pas aussi vite que prévu, le bon manager doit toujours commencer par se demander s’il ne fait pas lui-même partie intégrante du problème et si ses interlocuteurs sont réellement en capacité de le régler. Ce travail d’introspection lui permettra de gagner en agilité pour savoir s’il doit soit dépasser le problème, soit trouver les moyens de mettre les autres en mouvement. Il pourra ainsi prendre de la hauteur, contourner l’obstacle par bâbord ou par tribord… et arriver sereinement à bon port. Et vous, avez-vous déjà pris conscience que c’était à vous de bouger plutôt qu’aux autres ?

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Virgil Benyayer