Peut-on provoquer sa chance ?

Mon expérience colombienne

Peut-on provoquer la chance ? Si l’on ne peut pas forcer le destin, il est à la portée de tous de se mettre dans un état d’esprit positif qui attire les opportunités, à condition de savoir les reconnaître et les saisir. Même lorsqu’on se sent coincé dans une situation inextricable, un changement d’attitude peut alors permettre de tout changer, de façon parfois miraculeuse. Je l’ai d’ailleurs personnellement testé il y a quelques années, et j’y repense à chaque fois que j’ai besoin de faire revenir la chance dans ma vie…

Il y a des réveils plus agréables que d’autres. Mais ce jour-là, alors que je me réveillais en sursaut dans un hôtel de Medellín en Colombie, je dois dire que la perspective de la course contre la montre qui s’annonçait n’était pas des plus joyeuses. Mon téléphone affichait 11h27, alors que mon vol pour Bogota était à 12h35. Je devais ensuite enchainer les correspondances pour Mexico et San Francisco afin de poursuivre mes vacances en Californie le lendemain… Tentant le tout pour le tout, je rassemblais mes affaires à la hâte, sautais dans un taxi et arrivais en courant dans le hall d’enregistrement de l’aéroport… Avec un grand sourire, l’hôtesse m’y vola mon dernier espoir en m’annonçant que l’embarquement était terminé et que ce n’était pas la peine d’insister. L’avion était encore sur le tarmac, mais j’étais en train de prendre conscience que je venais non seulement de rater mon vol, mais aussi les deux suivants, pris sur différentes compagnies low-cost… Après avoir encore essayé de monter dans un autre avion, malheureusement surbooké, je n’avais plus qu’à accepter les conséquences de ma panne de réveil : je venais de perdre une grosse somme d’argent et mon rêve de vacances californiennes s’envolait avec cet avion dans lequel je n’étais pas…

Seul au milieu de la foule de passagers en partance, je ressentis alors la fatigue me tomber dessus, et les souvenirs de la soirée de la veille remonter à la surface. Medellín est une ville vibrante et j’avais laissé la nuit filer, persuadé que je pourrai toujours dormir dans l’avion pour récupérer… Au lieu de cela, j’avais l’impression que le monde venait de s’abattre sur moi, j’étais nul, épuisé, sans trop savoir où aller.

Puis un miracle se produisit, qui allait changer définitivement le cours des choses et faire de ce voyage une merveilleuse surprise. Ayant désormais tout mon temps, je m’achetais un jus de fruits frais et j’allais la boire dehors, au soleil, pour reprendre mes esprits. Entre deux gorgées, une phrase s’est imposée à moi, en espagnol, comme un message subliminal de mon inconscient embué : « Tienes suerte », tu as de la chance.

Comment ça, tu as de la chance ? Tu rigoles ? Tu viens de perdre tes vols, la valeur de tous tes billets ! Tu appelles cela avoir de la chance toi ? Avoir de la chance, cela aurait été qu’il y ait moins d’embouteillage, et que tu arrives 5 minutes plus tôt, ou encore que le vol soit retardé de 10 minutes ! Et puis j’ai compris que si, j’avais de la chance. Je ne pouvais m’en vouloir qu’à moi-même de ma panne de réveil, la somme perdue n’était pas vitale, et j’étais désormais libre d’aller où je voulais. En regardant autour de moi, je vis aussi la chance que j’avais de pouvoir m’offrir de telles vacances, ce qui était un luxe inabordable pour beaucoup de gens . Qu’est ce qui m’attendait après ? J’avais hâte de le découvrir, et je retournais dans l’aéroport prendre un nouveau billet.

A partir de moment-là, tout m’a souri. Absolument tout. Le billet pour Bogota ne me couta que 50 dollars de supplément, et je fus surclassé en Business gratuitement. Je n’avais plus ni batterie ni chargeur pour recharger mon téléphone, mais cela me permis d’entrer en contact avec un Colombien qui m’a non seulement prêté son chargeur, mais aussi tenu compagnie tout le vol. Après de longues discussions, je le saluais et rencontrais juste après une de ses compatriotes, qui après m’avoir demandé du feu m’accompagna aux différents comptoirs de l’aéroport pour m’assister dans mes différentes démarches. Elle aussi finit par repartir, mais ces deux belles rencontres avaient illuminé ma journée. Tout s’est enchainé naturellement, comme si je bénéficiais d’un charme particulier, ou plutôt d’une nouvelle énergie, qui a contribué à faire en sorte que des choses positives m’arrivent.

En sortant de l’aéroport, j’eus ensuite l’idée d’appeler une connaissance de Medellin pour prendre de ses nouvelles. Quand je lui racontais ma mésaventure, il me dit qu’il était justement à Bogota avec une amie et m’a proposé de les rejoindre. Scénario magique, je n’eus qu’à sauter dans un taxi jaune pour aller déposer mon sac dans la chambre d’hôtel qu’il m’avait réservé, avant de les rejoindre dans un club pour une soirée absolument merveilleuse… Un magnifique week-end plus tard, je décollais enfin pour San Franciso, des souvenirs plein la tête et le sourire aux lèvres. Finalement j’avais eu de la chance, beaucoup de chance, et non seulement la suite de mes vacances était fabuleuse, mais elle m’avait même couté moins cher que prévu…

Mais aurais-je eu toute cette chance si je n’avais pas décidé de l’avoir ? Si j’étais resté de mauvaise humeur, fermé et négatif, je n’aurais pas fait de si belles rencontres, je n’aurais pas été surclassé et je n’aurais pas vu les événements s’enchainer avec autant de facilité et de fluidité. Alors la prochaine fois que vous avez l’impression que le monde s’écroule et que vous êtes dans une impasse, essayez d’aller boire un jus de fruits dehors et essayer de vous dire « Tienes suerte », dans la langue de votre choix. Je vous souhaite que cela soit aussi magique que cela l’a été pour moi !

Virgil Benyayer