L'énigme des cartes italiennes

Aux États-Unis, la culture du « Thinking outside the box » est devenue incontournable. Coachs et managers y proposent tous de résoudre les problèmes en réfléchissant différemment, en dehors de la boite. L’expression viendrait du problème des neuf points, une énigme où il est question de relier neuf points en quatre traits sans lever son crayon. Ce casse-tête peut rendre fou si l’on cherche à rester dans le cadre car pour le résoudre il faut tracer des traits… en dehors du carré. Personnellement j’aime bien aussi illustrer cette façon de penser par une énigme que j’ai trouvée dans un livre italien, et que je surnomme donc depuis « les cartes italiennes ». Saurez-vous trouver la solution ?

Dans cet exercice, on part du principe que chaque figure a un chiffre de l’autre côté de sa carte. La règle à vérifier est la suivante « Chaque dame a un 4 de l’autre côté de sa carte ». Quelles sont les 2 cartes à retourner ?

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Vous avez trouvé ?

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Bien sûr, il faut commencer par retourner la dame, pour vérifier qu’elle a bien un 4 de l’autre côté. Mais si vous avez réfléchi un peu vite, comme l’immense majorité des gens, vous avez sans doute été tenté de retourner le 4 de cœur pour vérifier qu’il a bien une dame de l’autre côté. Grossière erreur ! Car si tel n’est pas le cas, cela ne vous avancera à rien, car rien ne dit dans l’énoncé qu’un valet ou qu’un roi n’ait pas le droit d’avoir aussi un 4 sur son autre face. Le roi ne nous apprendra rien, c’est donc bien le 7 qu’il faut retourner, car s’il a une dame de l’autre côté, la règle sera fausse…

Pourquoi tout le monde fait-il la même erreur ? Parce que l’on est tous tenté d’aller vers la simplicité. En laissant tomber nos clefs par terre dans la rue, on commencera tous à les chercher sous le lampadaire éclairé… En prenant conscience de cette faiblesse, on peut commencer à y remédier en se demandant systématiquement si nos choix stratégiques ne sont pas motivés par une envie de simplicité. Par exemple, au lieu d’organiser une tournée de prospection dans le périmètre de son bureau parce qu’il semble facile de se déplacer, pourquoi ne pas prendre le temps de préparer une tournée plus qualifiée en fonction de critères choisis et croisés ? On peut aussi repenser à ce jeu de cartes en cherchant à identifier la cause d’un problème : la première explication qui nous saute aux yeux est-elle vraiment celle qu’il faut analyser, ou ne faut-il pas vérifier avant qu’elle ne résulte pas elle-même d’une autre situation en amont ? J’aurai l’occasion d’y revenir en vous parlant d’Ishikawa une autre fois (le penseur japonais de la « Qualité Totale »), mais en attendant n’oubliez pas de prendre le temps de faire un pas de côté pour regarder le problème sous un autre angle avant d’agir !

Virgil Benyayer